Intermezzo lyrique

























Johanne Pachelbel, canon in D major
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# Posté le lundi 16 novembre 2009 16:50

Tout est senti chez moi, sans jamais bien en sortir




Pourquoi ai-je ri cette nuit ? Nulle voix ne le dira ;
Ni dieu ni démon à l'austère réplique
Ne daignera répondre du ciel ou de l'enfer.
Alors, vers mon c½ur d'homme je me tourne aussitôt.
O mon c½ur ! Nous voici, toi et moi, tristes et solitaires ;
Dis-moi donc ; pourquoi ce rire ? O mortelle douleur !
O ténèbres ! Ténèbres ! sans cesse il faut gémir,
Pour questionner en vain et le ciel et l'enfer et mon c½ur.
Pourquoi ce rire ? Je sais le bail consenti à mon être,
Mon imagination peut en atteindre les plus extrêmes félicités ;
Et pourtant j'accepterais en ce minuit même de cesser de vivre,
Et de voir en lambeaux le pavois bariolé de ce monde ;
La Poésie, la Gloire, la Beauté, ce sont bien là des ivresses,
Mais plus grande ivresse est la Mort – la Mort, suprême récompense de la vie



John Keats, 1819
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# Posté le jeudi 12 novembre 2009 12:11

Isolement

(...)

...Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N'éprouve devant eux ni charme ni transports ;
Je contemple la terre, ainsi qu'une ombre errante :
Le soleil des vivants n'échauffe plus les morts.

De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l'aquilon, de l'aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l'immense étendue,
Et je dis : Nulle part le bonheur ne m'attend.

Que me font cas vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé !

Mais peut-être au-delà des bornes de la sphère,
Lieux où le vrai soleil éclaire d'autres cieux,
Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre,
Ce que j'ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux ?

Là, je m'enivrerais à la source où j'aspire ;
Là, je retrouverais et l'espoir et l'amour ;
Et ce bien idéal que toute âme désire,
Et qui n'a pas de nom au terrestre séjour !


A. de Lamartine, Méditations poétiques
Isolement
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# Posté le samedi 07 novembre 2009 13:49

Vide cor tuum

Son image n'est pas celle d'un homme. Venu d'un autre temps, son visage est celui d'un enfant. S'oubliant parfois dans le rire et dans l'amitié, sa réalité le rattrape. Perdu dans la multitude,il s'accroche à l'espoir. Espoir illusoire, il le sait, mais qu'est-ce que la vie ? Une fatalité. Il faut lui trouver un sens. Se rendre compte à 18 ans qu'il a tout éprouvé,tout vécu, tout ressentit dans cette vie qu'on lui a imposé le perd dans la rêverie et dans la recherche de l'infini. Le regard, lien secret entre tout les coeurs, n'a de reflet chez lui que l'image immuable de l'amour qu'il a tant désiré et qui lui échappe.
Ô sagesse ! Tu te dessines aisément sur le front de nos plus grands penseurs, et pourtant il te met au défi, lui qui ne s'exprime que par l'émotion. Ce jeune homme ne manque de rien et s'ennui de tout. "Cherche en toi-même et découvre l'univers qui te regarde" dit-il.
Impuissant face à la nature, il la contemple d'un air apaisé et serein : le monde des hommes n'est que chimère pour lui ; vivre c'est d'abord regarder les cieux éternels et profonds.

Amis, que penser de lui ?
"Laissons-le dans sa faute! "


X

# Posté le jeudi 22 octobre 2009 11:33

Atala-René

Atala-René
<<Dans cette vue perpendiculaire du tableau, les fleuves ne me semblaient plus que des lignes géographiques tracées sur une carte ; mais, tandis que d'un côté mon oeil apercevait ces objets, de l'autre il plongeait dans le cratère de l'Etna, dont je découvrais les entrailles brûlantes entre les bouffées d'une noire vapeur.Un jeune homme plein de passions, assis sur la bouche d'un volcan, et pleurant sur les mortels dont à peine il voyait à ses pieds les demeures,n'est sans doute ô vieillard, qu'un objet digne de votre pitié ; mais, quoique vous puissiez penser de René l'européen, ce tableau vous offre l'image de son caractère et de son existence : c'est ainsi que toute ma vie j'ai eu devant mes yeux une création à la fois immense et imperceptible, et un abîme ouvert à mes côtés.>>




Chateaubriand, Atala-René
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# Posté le dimanche 18 octobre 2009 13:56